Vous l’aurez sans doute remarqué, le buzz depuis les semaines passées est aux récentes révélations d’actes d’espionnage et de surveillance massive orchestrés par la NSA (National Security Agency) des USA, mis au grand jour par un ancien employé de la CIA travaillant chez un sous-traitant de la NSA à Hawaï par le truchement des quotidiens britanique « The Guardian *» et Américain « Whashington Post ». Ce programme baptisé «* PRISM » aurait vu le jour depuis 2007 et il en ressort que les Etats Unis ne seraient pas les seuls bénéficiaires des informations collectées. Une compilation succincte d’informations au sujet du programme *PRISM est disponible sur le site de Qualys[1]*.

soldantSuite à tout ceci la première question qui vient à l’esprit c’est de savoir si un programme comme*   PRISM* (car il y’en a probablement d’autres pas nécessairement connus du grand public) est-il légal ? Après les sorties du président Barack Obama et du Directeur de la NSA, il advient que jusqu’à présent ce programme est connu et approuvé par la loi… aux USA ! Du coup on se demande, Qu’en est-il du reste du monde qui n’est pas Américain/ne vivant pas aux USA et dont les informations transitent et sont traitées par les plateformes incriminées (Facebook, Microsoft, Skype, Google, Apple, …) ?

De par l’évolution des TIC, on retient que la surveillance et l’espionnage des communications est un fait avéré et répandu (à tort ou à raison) et il y’aura toujours des moyens/procédés/solutions de plus en plus subtiles pour permettre aux gouvernements de le faire. Personnellement, tout ce buzz me semble un peu surfait, mais bon, le grand public découvre que l’eau chaude chauffe ! Par contre l’une des choses qui m’a le plus marqué c’est que suite à cette déclaration selon laquelle l’administration Obama via ses services secrets n’espionnent QUE les étrangers, l’enthousiasme de plusieurs agitateurs/agités a chuté ! Comme quoi l’espionnage n’est mauvais que si et seulement si il inclue comme cible les citoyens Américains.

Il est important de noter que très peu de Gouvernements/Organisations ce sont sentis concernés par cette nouvelle, bien que quelques uns ont tout de même réagit à l’exemple de la* Norvège* qui, par son Secrétaire d’Etat, a tout de suite réclamé aux Officiels Américains de plus amples informations afin de savoir comment ses citoyens sont affectés par ce programme. Quelques temps après c’était au tour de l’Union Européenne, via sa Commissaire Chargée de la Justice, de monter au créneau concernant cette affaire en exigeant que la vie privée des citoyens européens soit aussi préservée comme celles des Américains au cours de ce programme[2]. Coté Africain, aucun Etat, ni l’Union Africaine ne s’est senti particulièrement concerné ! Nothing… nada… rien… jusqu’à présent vu le silence qui règne ; Faut bien croire que ça ne nous gêne pas vraiment. Et puis, c’est pas trop comme si ça date d’aujourd’hui que nos gouvernements Africains n’osent demander des comptes aux « grandes puissances » ! d’ailleurs que rien n’exclue qu’ils ne soient au courant de la chose depuis longtemps  ou qu’ils n’aient leur part de programmes similaires déjà opérationnels (après tout, ne dit-on pas “tout le monde espionne et surveille” ! Dire que ces dernières semaines nous avons eu et aurons droit à plusieurs événements d’envergure ici en Afrique portant sur Internet, son rôle dans notre développement et sa gouvernance ; J’ose croire qu’au cours de toutes ces rencontres le sujet ait été à l’ordre du jour d’un quelconque atelier !

Je vois ici une affirmation (abus?) d’une position dominante, vu que tous les opérateurs cités sont essentiellement des firmes Américaines dont plusieurs autres entreprises et individus de part le monde en dépendent. Qui pourra y faire quoi ?! Personne ! Vous comptez les boycotter ?! J’en doute en tout cas pas de ci tôt avec toutes les données qu’ils possèdent déjà et la dépendance (vitale?) par laquelle ils vous tiennent. Et si bien même quelques uns les boycottaient, le gros de leurs clientèle sera toujours intact. Quelqu’un d’autre aurait dit qu’il s’agit d’un cercle vicieux !

Tout ceci a mon avis relance en partie le débat sur la Souveraineté Numérique des Nations/Organisations régionales. Allant de la fabrication des matériels de nos Infrastructures à la production de solution logicielles pérennes sur notre sol en passant par la formation, l’encadrement et la mise en service du personnel qualifié. En Europe, ils en sont déjà déjà par exemple à affiner leur Stratégie Globale sur le Cloud*[3]* ainsi que leur projet de Loi sur la vie Privée devant s’appliquer dans leur espace géographique ainsi qu’à tous leurs ressortissants. Entre temps ici en Afrique qu’avons nous ?! Bah rien pour l’instant ! Une pensée générale dit : « Celui qui a l’Information a le Pouvoir » ! je trouve qu’elle cadre bien avec cette situation qui nous sied.

Nul besoin de mentionner les retours positifs que cela pourrait avoir sur l’ensemble du continent passant de la réduction du taux de chômage des jeunes à la création de la richesse via la commercialisation de nos solutions locales, l’impact sur le développement global et bien d’autres ; bref on y gagnerait sur toute la ligne.

Bien sûr, être le moins numériquement dépendant ne nous mettra pas entièrement à l’abri des grandes oreilles des Agences de Renseignement occidentales (et Asiatique), mais ce sera déjà un pas en avant car rappelons le, la protection de l’information n’est pas un produit en soit, mais tout un processus marqué par plusieurs jalons.

Note :Dans ce billet je ne me préoccupe pas de savoir comment la NSA procède pour obtenir les données de ses « fournisseurs ». De plus il n’est pas question ici du bien fondé d’une surveillance de l’Internet et encore moins de savoir si nos propres Etats ne possèdent pas de mécanismes similaires.

Liens Utiles :

[1] Que sait-on exactement sur PRISM ?
[2] Espionnage : Bruxelles tance Washington
[3] New strategy to drive European business and government productivity via cloud computing
[4] Souveraineté Numérique : Cas de l’Afrique
[5] Comprendre le programme “Prism”